Le ministre de l'Economie, José Gabriel Espinoza, lors d'une conférence de presse à La Paz, le 6 avril 2026 en Bolivie ( AFP / Aizar RALDES )
Le président bolivien Rodrigo Paz a été contraint vendredi de se séparer de son ministre de l'Economie, censuré par le Parlement, un nouveau revers pour le dirigeant de centre droit dans un pays plongé dans sa pire crise économique en quatre décennies.
José Gabriel Espinoza a été destitué, selon un décret présidentiel publié au Journal officiel, après avoir été censuré mardi par le Parlement pour ne pas s'être présenté devant les élus pour répondre de sa gestion.
M. Espinoza devait notamment s'expliquer sur l'émission d'obligations souveraines et les retards dans l'élaboration du budget de l'Etat. Il avait indiqué ne pas pouvoir se présenter devant les élus en raison d'un déplacement à Santa Cruz, dans l'est du pays, puis au Brésil.
Le même jour, sa censure a été votée par 91 des 129 parlementaires présents, sur un total de 166.
Le gouvernement a dans un premier temps refusé de le démettre. La décision du Parlement a été contestée devant le Tribunal constitutionnel, le gouvernement estimant que la majorité des deux tiers nécessaire n'avait pas été atteinte.
Le ministre de la Production durable, de l'Environnement et de l'Eau, Oscar Mario Justiniano Pinto, a été nommé à titre intérimaire pour remplacer M. Espinoza.
Cette destitution intervient quelques jours après l'arrestation du conseiller personnel de M. Paz, l'Argentin Fernando Cerimedo, accusé par son ex-compagne d'avoir planifié une attaque armée contre elle.
Crise économique
Le gouvernement de M. Paz avait déjà été confronté en mai et juin à sept semaines de manifestations et de barrages routiers menés notamment par des paysans, des ouvriers et des enseignants qui dénonçaient l'absence de réponse à la crise économique et exigeaient sa démission.
Le président Rodrigo Paz (g) et son ministre de l'Économie, José Gabriel Espinoza, lors d'une conférence de presse à La Paz, le 6 avril 2026 en Bolivie ( AFP / Aizar RALDES )
M. Espinoza avait pris ses fonctions de ministre en novembre dernier, lorsque M. Paz est arrivé au pouvoir, mettant fin à près de vingt ans de domination de la gauche sur la vie politique du pays, sous Evo Morales (2006-2019) puis Luis Arce (2020-2025).
Dans un tournant de sa politique étrangère, le pays s'est alors rapproché des Etats-Unis et des organismes multilatéraux de crédit à la recherche d'un soutien financier.
Avec José Gabriel Espinoza à l'Economie, le gouvernement a négocié des programmes de financement avec la Banque interaméricaine de développement (BID), la banque de développement CAF et le Fonds monétaire international (FMI) pour un total de quelque 9,5 milliards de dollars.
La Bolivie a épuisé ses réserves internationales en dollars pour financer notamment les subventions aux carburants, supprimées par M. Paz à son arrivée au pouvoir.
Le pays reste confronté à un déficit public persistant, une production d'hydrocarbures en déclin, une économie stagnante et des pénuries chroniques de carburants. L'inflation a en revanche nettement reculé, passant de 21% en glissement annuel en novembre à 5% en juillet.
Le gouvernement cherche à attirer davantage d'investissements étrangers. M. Paz a présenté à la mi-août au Parlement un projet de nouveau régime d'investissement prévoyant des incitations et des changements réglementaires.

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